Peindre la lumière de la Nativité

Diocèse de Rennes
le 22/12/2008

 

 

Bernard Chardon vit dans le nord de la Mayenne. il est selon le mot d’un de ses proches, un « accoucheur de lumière ». Cette lumière jaillit de la plus petite de ses œuvres, peinture, céramique, vitraux. Peintre et prêtre, il parle de la nativité et de sa conception de l’art.

« Pour me mettre au travail, il faut que je commence par rêver. » Une « rêverie » qui trouve sa substance dans la saison, la lecture du bréviaire, la méditation d’une page de l’évangile, dans les rencontres qui émaillent ses journées dans sa petite maison de bois aux portes du village de Thuboeuf. Le travail consiste à « trouver un langage synthétique, lisible par tous les hommes et toutes les civilisations. Parmi les visiteurs qui viennent sur mon site, il y a des Japonais, des Chinois, des Indiens… Chacun y trouve quelque chose et pour cela il faut que je trouve un langage qui dépasse les frontières, un peu à la manière des peintres chinois. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il conclut : « Arriver à un langage aussi précis qu’une formule de physique et qui soit en même temps un condensé de vie, c’est cela le travail ». D’où des formes épurées, proches pour certains tableaux, de l’iconographie orientale.

La couleur s’imposant d’elle-même, « la seule chose que je peux faire, c’est l’harmonisation afin de ne pas livrer une oeuvre ‘brut’ ». Tous les ans, la fête de Noël, lui offre l’occasion de « reformuler ce mystère insondable d’un Dieu qui se rend visible, et se met à notre portée ».

Revenant sur sa conception de l’art comme un langage, Bernard reprend : « L’Incarnation, c’est la manifestation de Dieu dans un langage accessible à tous. Dieu a vécu la condition d’homme et quand un homme souffre, Dieu souffre en cet homme-là. » En fonction de son « rêve », chaque Nativité a son langage, sa couleur et sa composition.

« Dans certains tableaux, c’est l’Enfant qui est la lumière ; il est solidaire de ses parents, et en même temps, il leur échappe… C’est le même message que l’évangile mais dit autrement, en couleurs et en formes ».

Tout le travail du peintre consiste, pour lui, à se mettre à la disposition du mystère qu’il veut rendre. Dans une de ces formules patiemment mûrie devant ses toiles, il se dévoile : « Peindre, c’est d’abord se taire ! Si la peinture était d’abord un concentré de ce que le peintre sent dans ses tripes, ce serait déjà pas mal. » Un silence qu’il attend aussi de ses visiteurs : « Voir le travail d’un artiste est préférable à tous les discours sur son œuvre ».

Un silence qu’il vit aussi dans l’effacement par rapport à son œuvre  : « Le langage universel suggère, je laisse le plus de champ possible au lecteur pour qu’il entre dans le même rêve ». En faisant le parallèle avec « Dieu qui nous laisse notre place pour que nous puissions entrer dans le même rêve. Dieu se manifeste à l’homme par l’homme. Il est présent au plus profond de chacun, la seule chose qui m’est demandée c’est d’être présent à moi-même ».