Exposition – Bernard Chardon, l’homme-joie

Famille Chrétienne
le 17/11/2014

 

 

 

Artiste peignant la joie céleste, ce vieux curé expose aujourd’hui à Paris, dans l’attente de l’ouverture, au printemps prochain, d’un musée qui lui sera consacré.

 

Il nous attend avec un petit sourire ­malicieux, sur le seuil de son chalet en bois, posé à côté des maisons en parpaing d’un village mayennais. Sur sa vieille cuisinière mijote un chili con carne. Aux murs, des tableaux d’une rare spontanéité, aux couleurs éclatantes, vous souhaitent la bienvenue : jaune citron, vert gazon, bleu pétrole, violet, orange ou vermillon. Une toile grand format à la Maurice Denis, d’autres de taille plus modeste, tendance Gauguin, Matisse ou Braque. Un échantillon somme toute ridiculement petit de son incommen­surable ­production, qui vient de trouver asile dans l’ancienne chapelle, transformée en musée (1), du parc d’un Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). La Mayenne vient enfin de saluer à sa juste (dé)mesure ce sacré petit bonhomme de prêtre diocésain, aujourd’hui retraité, qui depuis soixante-dix ans peint et réalise ­céramiques et vitraux.

 

 

Bernard Chardon n’appartient en réalité à aucune école. Même si la peinture chinoise ne fut pas sans influence sur lui, par son sens du silence et de l’épuration. Et son seul maître revendiqué est le Père André Bouler, un mystique jésuite. Depuis 1995, cet ancien sportif a cessé de courir les grandes ­expositions parisiennes pour se faire l’œil. « Je me suis toujours contenté d’appliquer la seule consigne transmise, s’esclaffe-t-il. Je prends la toile, je lui mets la tête en bas, et cela me suffit pour voir si elle tient debout ! »

Avec son air de vieux paysan madré, dont les semelles de caoutchouc collent à sa terre natale, le Père Chardon a mis plus d’un journaliste en déroute, esquivant avec humour les questions indiscrètes. C’est un homme blagueur, simple, mal à l’aise avec l’argent et toute forme de notoriété. Son activité artistique et son intimité avec Dieu sont chasses gardées. Mais ses toiles parlent pour lui. Elles sondent infatigablement le mystère de l’Incarnation et la joie céleste des amis du Père. « Il aime bien faire l’âne, prévient son ami le chanteur Pierre Selos. Alors qu’il est éminemment cultivé, épris de théologie et porté par une mission catéchétique. » Ses peintures ne se regardent pas, estime-t-il : « On y tombe ! »

Comme tous les vrais artistes, Bernard Chardon possède une inépuisable capacité d’émerveillement conjuguée à une créativité sans borne. Le regard qu’il porte sur le monde a l’inaltérable fraîcheur des regards neufs. Son art n’est rien d’autre que sa façon à lui ­d’entendre la musique du monde. Comme si chaque matin était le premier.

Diane Gautret

 

(1) Musée Bernard-Chardon (ouverture au printemps 2015, ouverture exceptionnelle les 5 et 6 décembre), à la Maison de retraite-Ehpad Saint-Fraimbault-de-Lassay, route de Javron, BP 2, 53110 Lassay-les-Châteaux (02 43 04 52 05 ; chasseguerre@sfr.fr).

• « Exposition Bernard Chardon », jusqu’au 5 décembre au Spirit Bar, 72, rue Gay-Lussac, 75005 Paris.